L’évitant dédaigneux et la honte

L’évitant dédaigneux et la honte

La honte est rarement visible chez l’évitant dédaigneux. Elle ne se montre pas. Elle ne se nomme pas. Elle se dissimule derrière le contrôle, la distance et le dédain. À la différence de la culpabilité, qui concerne ce que l’on a fait, la honte concerne ce que l’on est. Elle s’ancre profondément dans l’identité. Et chez l’évitant dédaigneux, elle est souvent ancienne, enfouie, non consciente.

Très tôt, les évènements lui ont appris que montrer ses besoins, ses émotions ou sa vulnérabilité n’était pas sûr, que dépendre de l’autre exposait à l’humiliation, au rejet ou à l’invalidation. La honte s’est alors installée comme un noyau silencieux : « si l’on me voit vraiment, je ne serai pas acceptable ».

Pour survivre à cette sensation insupportable, l’évitant dédaigneux a développé des stratégies. La plus visible est le dédain. Regarder l’autre de haut permet de ne pas se sentir petit à l’intérieur. Minimiser les émotions de l’autre permet de ne pas affronter les siennes. Le contrôle émotionnel devient un rempart contre la honte. Ne pas avoir besoin. Ne pas demander. Ne pas dépendre. L’image d’autonomie et de force n’est pas une preuve de sécurité intérieure, mais une protection contre un effondrement honteux.

Lorsque la relation reste superficielle ou maîtrisée, la honte reste silencieuse. Mais dès que l’intimité augmente, elle se réveille. Être vu de près devient dangereux. À ce moment-là, la honte ne s’exprime pas comme telle. Elle se transforme en irritation, en froideur, en retrait. Parfois en agressivité. Parfois en dénigrement.

La honte projetée devient alors violence relationnelle.

Plutôt que de ressentir « je ne suis pas à la hauteur », l’évitant dédaigneux pense ou fait ressentir à l’autre : « c’est toi qui es trop », « tu demandes trop », « tu es faible ».

Ce déplacement inconscient permet d’éviter l’effondrement interne.

Lorsqu’il est confronté à ses contradictions ou à l’impact de ses comportements, la honte devient particulièrement menaçante. Reconnaître ses torts reviendrait à confirmer la croyance profonde d’indignité.

C’est pourquoi l’évitant dédaigneux peut nier, rationaliser, retourner la responsabilité. Non par malveillance délibérée, mais par impossibilité psychique de faire face à la honte.

Pour la personne en face, cette dynamique est destructrice. Elle se sent dévalorisée, incomprise, parfois méprisée. Elle porte une honte qui ne lui appartient pas.

Comprendre la place de la honte chez l’évitant dédaigneux permet de remettre les choses à leur juste place.

Cela n’excuse pas les comportements blessants. Mais cela évite de les intérioriser comme une vérité sur soi. La honte de l’évitant dédaigneux n’est pas la preuve de l’insuffisance de l’autre. Elle est le signe d’une blessure non reconnue, non intégrée.

Guérir cette honte serait possible. Mais cela demande un travail profond, lent, accompagné. Cela implique de tolérer l’imperfection, de rester en lien malgré la vulnérabilité, d’apprendre que la proximité ne détruit pas.

Tant que la honte reste enfouie, le dédain restera un refuge. Et l’amour, un territoire dangereux.

Pour la personne qui a été blessée, le chemin n’est pas de comprendre davantage, mais de se protéger, de se réapproprier sa valeur et de ne plus porter ce qui n’est pas à elle.

Car là où la honte enferme, la conscience libère.

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