L’évitant dédaigneux sévère se construit souvent autour d’une image maîtrisée de lui-même.
Une image lisse. Autonome. Forte. Imperméable aux failles. Ce masque est en réalité une armure. Il protège d’une angoisse profonde : celle d’être vu tel qu’il se perçoit intérieurement, fragile, dépendant, insuffisant.
Pendant longtemps, ce masque fonctionne. Il impressionne. Il rassure. Il crée une distance sécurisante entre lui et les autres. Mais maintenir une illusion demande une énergie considérable. Et certaines situations rendent cette façade difficile à soutenir. Notamment quand la relation devient plus intime, quand l’autre pose des limites, quand la cohérence est demandée, quand le récit interne commence à se fissurer…
À ce moment-là, quelque chose se dérègle. Le masque se fissure.
L’évitant dédaigneux sévère peut alors devenir incohérent, irritable, sur la défensive… Et soudain, l’image de stabilité se transforme en rigidité. Le calme devient froideur. La maîtrise se change en contrôle. Le masque commence à craquer, il devient difficile à être porté. La réalité le rattrape.
Face à la perte de contrôle, plusieurs réactions peuvent apparaître : le retrait brutal, la coupure nette, le silence… ou à l’inverse : une agressivité inattendue, un profond dédain, un dénigrement soudain…
Ces comportements sont en réalité des réflexes de survie psychique. Être vu sans le masque équivaut à une menace existentielle…
À mesure que le masque s’effondre, l’évitant dédaigneux sévère peut tenter de préserver son image par un déplacement de la faute. Ce n’est pas lui qui vacille, c’est l’autre qui devient « trop ». Trop exigeant. Trop sensible. Trop conflictuel.
Ce retournement permet de sauver l’illusion interne : si l’autre est le problème, alors le masque peut rester intact.
Mais pour celui qui est en face, la violence est réelle.
Quand le masque tombe, reconnaître la souffrance causée à l’autre serait reconnaître sa propre faillibilité.
Or cette reconnaissance est souvent impossible à ce stade.
Alors la blessure de l’autre est minimisée. Née de sa fragilité. De ses projections. De son passé. de son déséquilibre…
Ce déni protège l’évitant d’un effondrement plus profond, mais il empêche aussi toute réparation relationnelle.
Le déni de la blessure infligée est à nouveau un dénigrement profond de l’autre. Il est nié dans son expérience et dans sa souffrance. D’une certaine manière, l’évitant dédaigneux sévère inflige à l’autre ce qu’il redouterait le plus… l’invisibilité et le deni de ses émotions.Par ses comportemnts, il cherche à justifier ses croyances.
Evidemment, le masque de la personne parfaite n’est pas le vrai visage de l’évitant dédaigneux sévère. Et en réalité, personne n’est dupe, à part lui-même…
Et quand le masque ne tient plus, deux chemins sont possibles : la fuite et la rigidification ou une confrontation douloureuse à soi-même.
Ce deuxième chemin est rare. Car il demande une conscience, un accompagnement, un courage intérieur considérable que l’évitant dédaigneux sévère n’est pas toujours prêt à mobiliser. Malheureusement, il ne se mettra en chemin que lorsque l’inconfort intérieur sera plus grand encore que son angoisse à regarder en lui…
